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Nous sommes au printemps 2011. La vie est belle. Je suis un homme. Je suis surtout depuis plus de 20 ans un père de famille. J’ai 3 enfants qui sont ma fierté. Isabelle a 21 ans, elle est étudiante au bac en soins infirmiers à l’Université de Montréal, c’est son choix de carrière. J’ai aussi un fils Julien, il a 19 ans, il vient de terminer son Cégep. Il se prépare depuis 1 an à faire un voyage sac à dos en Asie, il partira fin mai pour revenir fin août, je suis un peu inquiet mais en même temps confiant que tout va bien aller. Et puis j’ai Camille, elle vient d’avoir 15 ans. Camille poursuit un programme de danse-étude depuis qu’elle a 10 ans. L’an passé en 2010, elle a gagné un prix d’excellence avec une bourse pour la meilleure performance en danse de son groupe d’âge. Toute sa famille, frère, sœur, grands-parents sont dans la salle de spectacle lorsqu’elle reçoit son prix. Imaginez, les efforts de Camille sont reconnus par la direction de son école avec ce prix. La vie est belle, nous sommes une famille heureuse et j’en suis fier.
Mais en ce printemps 2011, il y a une ombre qui plane au-dessus de nos têtes. Camille nous a fait part récemment qu’elle ne voulait plus faire de danse, qu’elle était un peu fatiguée de la rigueur qu’exigeait un tel programme et qu’elle voulait passer à autre chose. J’ai toujours respecté le choix de mes enfants mais celui-là passait difficilement puisque je savais qu’une telle rigueur était nécessaire pour Camille qui avait plutôt tendance à se laisser aller au niveau des études académiques.
Nous sommes convoqués par la direction de l’école de danse. Camille dérange en classe, ne fait plus les exercices demandés, se laisse aller, ne participe plus activement. En abandonnant la danse, Camille doit aussi dire adieu à son école qui est une des meilleures à Montréal. Bref, Camille devra quitter à la fin de l’année, nous sommes en avril.
Camille change d’école à l’automne. Elle fait connaissance avec la drogue. Pas si grave au début que je me dis, faut bien que jeunesse se passe. Consommation légère, sans grave conséquence.
Les résultats académiques sont pauvres, Camille est plus intéressée par la drogue qu’autre chose. Un autre changement d’école pour finalement décrocher complètement ce printemps 2012. La consommation de Camille devient presque quotidienne, son caractère change, elle devient violente, intervention de la police à la maison à quelques reprises. Je ne comprends plus rien, notre famille devient dysfonctionnelle, je ne comprends pas comment une petite fille de 16 ans peut faire autant de ravage. J’ai besoin d’aide. Je suis mis en contact avec L’Antre-Temps. Je rencontre Sonia et Nicole. Avec un groupe de parents, nous entreprenons des ateliers de travail, tous ensembles, nous essayons de trouver des moyens d’accompagner nos enfants ados dans cette étape de vie fragile où tout se bouscule.
J’ai peur de perdre ma fille dans la drogue, j’ai peur de perdre ma famille. Je suis fragile tout en étant fort, j’ai des moments de découragement qui ne durent jamais bien longtemps, heureusement. Je dois continuer de me battre, je mets toutes mes énergies à sauver ma fille, c’est là que je suis rendu. Sans le réconfort des gens de L’Antre-Temps, je me demande où j’en serais aujourd’hui.
Automne 2013, Camille commence à changer pour le mieux. Elle abandonne la consommation de drogue. Alignement des planètes, je ne sais pas, l’amour inconditionnel et l’accompagnement de son père dans notre traversée du désert, le lien toujours très fort qui n’a jamais cessé d’exister, Camille a toujours su que j’étais là, quoiqu’il arrive, elle savait qu’elle pouvait compter sur son père et qu’elle avait un foyer.
Camille a maintenant 20 ans. Elle est retournée à l’école, elle essaie de se construire une vie. Elle veut devenir travailleuse sociale. Ce n’est pas toujours simple mais elle y met des efforts. J’ai confiance.
Moi, je vais encore à L’Antre-temps une fois par mois. Je fais équipe avec des parents merveilleux qui ne désirent qu’une chose, le bonheur de leur enfant.
Je peux dire que malgré tout, je suis un homme heureux, j’ai appris beaucoup de choses sur moi dans cette étape de ma vie.
Je serai toujours reconnaissant à L’Antre-Temps. Merci.
Claude, père de famille à vie